Terence Koh
Be Contemporary - N°4, Fall 2008

ENGLISH VERSION

« Everything that possesses excessive formal energetic intensity stimulates me. » Slavoj Zizek

At the end of Death in Venice, as the old composer rests, a voice-over says: « Truth-human dignity-all finished. Now there is no reason why you cannot go to your grave with your music. You have achieved perfect balance. The man and the artist are one : they have touched bottom together. You’ve never been chaste because chastity is the gift of purity, not the painful result of old age. And you are old, Gustave-and in all the world there is no impurity so impure as old age.” The fear of impurity, the anguish of death, and the obligation of youth are significant elements in the work of Terence Koh. “I’m obsessed with death, he says, especially with the violence of death, that’s what scares me the most”. In these environments, he blends luxury with lust, pleasure and beauty with debauchery. He may be a “wandering excess” as Alain Badiou puts it; in other words he likes to wear a disguise, enjoys going to orgies and perhaps being a prostitute, in order to avoid any form of authority and to avoid having to choose between asceticism and Dionysiac pleasures.
Reminding us that exhibition provides a setting for freedom and resistance, he sts up rituals, installations in these monochrome spaces, basking in white, black or gold. They are the temples that are torn between mysticism and obscurantism, environments that are interspersed with hard materials and violent feelings. They are moments that celebrate the secret forces of nature and humanity, and the dissent towards moral and social rules. They are places with simplified designs that are nevertheless overcharged with symbols, carnal and sensual spaces that manage not to be mistaken with dehumanized worlds, and are not separated by overdone decorative embellishments. Dirty Blind God was the “biggest S&M studio in Switzerland”. This normally dark environment lights up during orgies. On the walls, graphic depictions on vinyl hangings depict backroom and sadomasochistic practices; at the table, 12 skeletons unite for their own Last Supper reenactment. In Gone Still Yet, he set up mountains of showcases displaying animal collections and white objects in a once immaculate space. In a corner, a small table with crockery on it: it’s a place of contemplation to meditate on our nauseating consumerism. And these display cases of all sizes are really platforms, podiums, cages, and boxes: they are spaces that seduce the viewer and imprison their prestigious contents.
Terence Koh (for God, or Mein Tod, Mein Tod) sets up rituals that mimic sacrificial offerings. His primitive primitive scenes have a punk element to it, both in terms of pure energy and romantic rebellion. These new rituals are opposed to the dogmas of the dominant religions, creating a new ordinance that seeks to bring them together. They are little stages that are offered to the young, to incandescence, and to adolescent bodies, all the while exploring the themes of queerness, fetichism, locations for seduction and meditation, and isolation rooms. Being isolates is a sure way to forget what time it is, and provides the opportunity to live a life of violence or sweetness, in quasi-monstrous workds in which the creatures one has to tame are like mischievous gods.

“I think I inherited the Japanese idea of gestures. I want my work to be a gesture.” Terence Koh

VERSION FRANÇAISE

« Tout ce qui possède une intensité énergétique formelle excessive me stimule. » Slavoj Zizek

À la fin de Mort Venise, le vieux compositeur se reposant, une voix-off se fait entendre. Elle évoque la dignité humaine : « Plus rien maintenant ne te retient de descendre dans la tombe avec ta musique. Tu as atteint cet équilibre parfait, l’homme et l’artiste ne font plus qu’un. Tu n’as jamais été chaste car la chasteté est pureté, elle n’est pas la pénible conséquence de la vieillesse. Tu es vieux Gustav, et aucune impureté au monde n’est aussi impure que la vieillesse. » L’effroi de l’impureté, l’angoisse de la mort et l’obligation de la jeunesse sont des éléments marquants du travail de Terence Koh. « La mort m’obsède, dit-il, surtout la violence de la mort, c’est ce qui me fait le plus peur ». Dans ses environnements, il mêle le luxe à la luxure, le plaisir et la beauté à la débauche. Il serait un « excès errant » comme le dit Alain Badiou, qui aime se déguiser, partouzer et se prostituer pour être, coûte que coûte, le plus éloigné de toute autorité, et pour ne pas avoir à choisir entre ascétisme et plaisir dionysiaque (ce trop plein de vie).

Rappelant que le moment de l’exposition est un lieu de liberté et de résistance, il organise des rituels, des installations dans des espaces monochromes, baignés de blanc, de noir ou d’or. Ce sont des temples qui se partagent entre mysticisme et obscurantisme, des environnements parsemés de matériaux durs et de sensations violentes. Ce sont des moments de célébration des forces secrètes de la nature et de l’humain, et de contestation des règles morales et sociales. Ce sont des lieux épurés, mais chargés symboliquement, des espaces charnels et sensuels sans être des univers déshumanisés, ne se séparant pas de l’embellissement et du décoratif à outrance. Dirty Blind God fut « le plus grand studio sado maso suisse ». Cet environnement totalement noir est activé lors d’une orgie. Aux murs, des tentures de vinyle évoquent les backrooms et les pratiques SM ; à table, 12 squelettes forment une nouvelle cène. Pour Gone Still Yet, il envahit une partie d’un espace immaculé par des montagnes de vitrines contenant une collection d’animaux et d’objets blancs. Dans un coin, une petite table avec de la vaisselle : un lieu de contemplation face à l’écœurement de la consommation. Et ces vitrines de toute taille sont des plateformes, des podiums, des cages, des box, donc des espaces de séduction (être sous vitrine), et des espaces d’enfermement (être en prison) pour de prestigieuses offrandes.

Terence Koh (pour God ou Mein Tod, Mein Tod) propose des rituels mimant le sacrificiel. Ce sont des scènes primitives, proches de la dramatique punk, de son énergie pure et de sa rébellion romantique. Ces nouveaux rituels s’opposent aux dogmes des religions dominantes, créant une nouvelle ordonnance de rassemblement. Ce sont de petits théâtres offerts à la jeunesse, à l’incandescence, aux corps des adolescents tout en naviguant dans l’univers queer, le fétichisme, les lieux de séduction et de méditation ou les caissons d’isolation. Et être isolé, c’est s’assurer de ne plus connaître le temps, tout en pouvant choisir de vivre dans la violence ou l’écoeurement de la douceur, dans des univers presque monstrueux, où des créatures sont à apprivoiser comme des dieux malins.

« I think i inherited the japanese idea of gestures. I want my work to be a gesture. » Terence Koh

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Terence Koh
Untitled (Owl), 2003
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Terence Koh
Chocolate Mountains, 2006
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Terence Koh
God, 2007
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Terence Koh
Urinal, 2008
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Terence Koh
Ashtma Air, 2007
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Terence Koh
Untitled, 2003