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Dorade - N°3, 2011

ENGLISH VERSION

A picture found in a cardboard box, at the end of the day.

On its surface, a star like a stain. A stain like the one left, for a few seconds, by a finger pressed upon a screen. The stain left by an index finger indexing a picture, the stain of a pointing finger showing and quantifying the existence of things.

A star next to a child. A sparkle, as if the photograph itself was made of glass. A stain like the concrete manifestation of a disembodied being, in this large free space, on the right of this short smiling man, in the city. This city, place of a left behind past, of a rejected past.
A twinkle as a representation of his phantoms whose bodies can’t be revealed on a photograph. They are terrifying because they want the homicide of their now haunted bodies to be confessed, admitted.
Could this be a partial return of a being lacking materiality, an incomplete return? Has someone or something been erased? Does anyone wish to have a phantom on his side? Does he feel lonely? Could this picture access its inside through this swallowing star?

Because once found, nobody knows who these people are; him, this child in such a well fitted suit; her, this lady from far away - from the other side of the street - who is watching him, watching the one who is taking his portrait, from behind. To pull, like the trace left in the first instants of a burning paper, starting to be pierced; a paper from which colors would first fade away, would come after the white, and then the black and the flames.
Burnt down, desired until the total collapse of the flesh.

About this child standing on a sidewalk, at the bend in the streets of a town, we don’t know a thing. He is standing there, in the silent atmosphere. The story of his life does not exist anymore and it seems that it is through its travel that the story of this picture has been teared apart from it, to be left out, forgotten. From this lack comes its virtue, absolute and eternal. As if this picture was documenting a life that never was - as what replicants are, born as adults with a made up life of which photographs of an invented childhood provide a forged past -. A past born out of nowhere, invented, to make them believe in their humanity.
Being dead and dreaming its life?


Phantoms and vampires both fear light, their pale and transparent bodies are like mirrors reflecting light, or letting it go through like a stained glass with which they share a similar sparkle that could make part of an image shine or twinkle.
A phantom is like a lingering story. A phantom simply yearns to become human once again, to - at last - die. A phantom is only vulnerable whereas a demon is malicious. A phantom draws its energy from what the mind is made of - anxieties and desires -. Death is haunting there; a death to which must return a transfigured body to which absence and occultation have generated the lack of the beloved object.

Sometimes, these phantoms actually become who you are.

(Translation : Prune Paycha)

VERSION FRANÇAISE

Une image trouvée dans un carton, en fin de journée.

Une étoile comme une tache, à sa surface. Celle que l'on laisse, pour quelques instants, sur un écran lorsque d'un doigt on le presse. D’un index qui indexe une image, d’un doigt pointé qui indique et quantifie l’existence d’une figure, d’un objet.

Une étoile au côté d'un enfant. Un éclat comme si la photographie était elle-même de verre. Une tache comme la manifestation matérielle d'une absence de corps, dans ce large espace laissé vacant, à la droite de ce petit homme souriant, dans la ville. Cette ville qui est le lieu d’un passé quitté, exclu.
Un étincèlement comme la figuration de ses fantômes dont le corps ne peut être révélé par une photographie. Eux qui terrifient pour que l’homicide de leur corps, maintenant hanté, puisse être dit, assumé.
Serait-ce un retour partiel d’un être dépourvu de matérialité, un retour incomplet ? Aurait-on effacé une personne, un objet ? Souhaitait-on un fantôme à ses cotés ? Se sent-il seul ? L'image pourrait-elle entrer en elle-même par cette étoile aspirante ?

Puisque trouvée on ne sait qui sont ces personnes, lui, cet enfant dans un costume si bien taillé ; elle, cette femme qui de loin, de l’autre côté de la rue, le regarde, regarde celui qui tire son portrait, par-devers. Tirer, puisqu’il y a cette trace comme les premiers instants d’un papier qui va brûler, qui commence à être percé ; dont les couleurs d’abord disparaitraient, puis viendraient le blanc, ensuite le noir et les flammes.
Brûlé, désiré jusqu’à la sidération des chairs.

De cet enfant placé sur un trottoir, au tournant des rues d’une ville, nous ne savons rien. Il se tient là, dans ce silence. L’histoire de sa vie n’existe plus et c’est au cours de son voyage que l’histoire de cette image se serait détachée, pour être omise, oubliée. C’est de ce manque qu’elle doit sa vertu, absolue et éternelle. Comme si cette image était le document d’une vie qui n’a jamais existé, comme celle des réplicants, nés adultes avec une vie inventée, dont les photographies de leur fausse enfance documentent un passé falsifié. Un passé enfanté, inventé leur faisant croire leur humanité.
Etre mort et rêver sa vie ?

Les fantômes et les vampires ont peurs de la lumière, leurs corps pâles et transparent sont comme des miroirs reflétant la lumière, ou la laissant transpercer comme un vitrail – eux aussi ont cet éclat qui pourrait ainsi faire briller, étinceler, la partie d’une image.
Un fantôme est tel une histoire qui persiste. Un fantôme aspire simplement à redevenir humain pour mourir, enfin. Un fantôme est seulement vulnérable alors qu’un démon est malicieux. Un fantôme tire son énergie de ce qui fait l’esprit – angoisses et désirs. Ce qui hante ici, c’est une disparation auquel il faut redonner un corps halluciné, ce corps dont la lacune, l’occultation, a créé ce manque de l’objet aimé.

Parfois, ces fantômes deviennent ce que vous êtes.

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Paul Owens
Untitled, 2011