Somewhere (nowhere) better than this place
Essay for the exhibtion Good Morning Paranoïa, Motte & Rouart Gallery, Paris, March 26/April 26, 2008
With Renaud Auguste-Dormeuil, Christophe Brunnquell, Malachi Farrell, Jason Frings, Cécile Hartmann, Manu Luksch, Adam Vackar.

« La perfection de la surveillance, c’est une somme de malveillance. » Michel Foucault, L’œil du pouvoir.

La théorie du complot, un labyrinthe ou des jeux de miroir, le THC, le bioterrorisme, l’usurpation et la vigilance sont des indices possibles de paranoïa. Ce délire est une spéculation faite sur le réel, dès lors envahi par des contraintes et menaces qui éloignent le sujet du référent réaliste. Tout n’est que prédominance de l’interprétation. Il y a hallucination. Pour déraison et illusion, il y a aussi obsession et éblouissement : une sorte de définition partielle d’un état d’art. Face à une réalité trouble où le sujet se sent contraint, pris dans une autorité qui ne lui plait pas, il crée une « métaphore délirante » donnant un sens à ce qui en était dépourvu. Suivre cette piste, c’est informer le réel de son caractère fictif, c’est « supposé savoir » et c’est, surtout, payer le prix cher. Être sa propre victime, son agent mauvais. Dans ce dérèglement, un rapport exclusif et passionné se forme : le paranoïaque se place en dehors de l’objet, à côté, pour l’observer, de peur d’y être englouti.

La cartographie complète de notre univers, la surveillance par caméra ou satellite sont la formalisation de l’entière visibilité par un regard centralisé. Il n’y a plus de zones obscures, le sujet est immergé dans la transparence et c’est Betham, dit Foucault, qui « pose le problème de la visibilité, organisée entièrement autour d’un regard dominateur et surveillant. » Pour le paranoïaque, par suspicion, il y a le Mal - et surtout cette peur terrifiante d’avoir mal. Il faut un ennemi, un accusé, sans avoir et pouvoir trouver de persécuteur réel. Un conflit sans négociation. « Je vois ce qui ne va pas » dit Michaele Haneke, c’est percevoir à tort dans l’inconsistance du fantasme. Croire, simplement, au monstrueux, au pornographique du réel. « La paranoïa est, dit Slavoj Zizek, à son niveau le plus élémentaire, une croyance en un « Autre de l’Autre », en un autre Autre qui, caché derrière l’Autre de la texture sociale donnée, programme (ce qui nous apparaît comme) les effets inaperçus de la vie sociale, garantissant ainsi sa consistance. »

Les rapports protégés, les agents doubles, les scanners et machines automatiques de détection sont les preuves d’une crainte de la manipulation, du détournement. Redouter d’être l’instrument de la jouissance de l’Autre. La paranoïa active la peur que l’autre agisse à la place de. Un spectre immatériel désintégrerait le réel. La liberté ne serait permise qu’à l’intérieur d’un système s’opposant à son propre déploiement. Réduction du réel pour une thèse de l’accident et de la terreur. C’est ne plus reconnaître la Chose en soi. Voir et penser voir restent distincts. Penser vivre dans un univers artificiel et isolé soustrait le sujet du réseau socio-idéologique rationnel. Pur semblant et images déformées. Cette réalité, par son caractère excessif, ne peut être intégrée : elle est cauchemardesque. L’encodage du réel, son mode d’accès nous est familier mais au prise du risque. Le paranoïaque refuse simplement d’entrer en sympathie avec lui.

« Just because you’re paranoid
Don’t mean they’re not after you » Kurt Cobain, Territorial Pissing

http://timotheechaillou.com/files/gimgs/66_renayd-auguste-dormeuil-contre-projet-panopticon-2001.jpg
Renaud-Auguste Dormeuil
Contre-projet Panopticon, 2001