Mathieu Mercier & La Ville Rayée – Now Better than New
Technikart - Hors-série Biennale du Havre, 2008

Associés pour l’occasion, Mathieu Mercier et La Ville Rayée ont un projet simple et fonctionnel à mettre en place. « La commande est précise : un hall d’accueil pour la biennale du Havre, un pôle de convivialité éphémère. Des containers conçus pour le transport maritime sont imposés comme matériau de départ », disent-ils. Déplacés au cœur de la ville, au milieu de la place Auguste Perret, 7 containers empilés servent de pôle d’accueil, de point de rencontre au visiteur de la Biennale. Ce pavillon intitulé Now Better Than New est une plate-forme d’échange et de renseignement, un point presse et une librairie. Il sert de lieu de départ au parcours Dowtown Le Havre, organisé par Le Spot. Ce parcours « expose le monumental, l’affirme, et dans le même temps propose des œuvres qu’il qualifie de furtives, disparaissant dans le paysage urbain », dit David Perreau. Des containers empilés, cela est monumental, mais cet objet est si présent dans la vie économique d’un port qu’il se camoufle ici avec évidence dans le paysage.

La Ville Rayée est un groupe d?architectes fondé en 2006 par David Apheceix, Benjamin Lafore et Sébastien Martinez Barat. Cet intitulé « vient d?un projet qui consistait à produire une ville utopique à partir d?une image. Celle-ci était un fragment du bâtiment noir et blanc rayé de Pei à Berlin. Nous avons donc établit une ville à partir de ce motif. » Leur production va de chaises, aux pochettes de disques en passant par des immeubles ou des formes mobiles d’habitat. « Que ce soit pour la fabrication de notre chaise intitulée Plus fort que moi ou pour la conception d?une maison-escalier, l?engagement est le même. (…) Leurs existences ne peuvent se résumer à leur construction ou non, mais à leur médiatisation, quelles soient faites de pixels, de papier ou de bon gros béton », résument ils. Leur première rencontre et collaboration avec Mathieu Mercier se fait en 2007 : il leur demande de réfléchir à un projet de maison-atelier qu’il souhaite réaliser sur un toit de Paris. Pour Now Better Than New, La Ville Rayée n’a pas construit une architecture dont Mathieu Mercier aurait ensuite fait le mobilier, c’est un projet global, pensé à quatre.

Un container est une forme au design parfaitement abouti pour son usage. C’est aussi un module standard et hermétique, un contenant, une simple caisse métallique qui n’est en aucun cas une habitation. « C’est aussi un objet technique qui dans son usage n’accepte qu’une logique d’empilement. Le container n’as de sens que multiplier et empiler. Nous l’avons utilisé pour ce qu’il est : un standard et une simple boite empilable. » Cet objet est souvent et facilement utilisé par des architectes (Didier Faustino, Wes Jones …) ou des artistes (Elmgreen & Dragset, Christoph Büchel …), il sert alors d’habitacle, de boite géante, de lieu de rendez vous, de caisse d’isolation ou d’espace d’exposition. Dans le contexte présent, ce qui a frappé les artistes, c’est « la proximité formelle des structures de containers avec les bâtiments d’Auguste Perret. C’est un objet empilable qui sur les ports dessine des formes, des superstructures qui renvoient à une certaine tradition de l’architecture radicale. A l’inverse de l’Algeco, le container est travaillé par une histoire forte et trans-nationale. » Habituellement bleu, rouge ou vert, les containers sont ici recouverts d’une peinture blanche contenant du caoutchouc pour donner une épaisseur veloutée à cette couleur.

Outil des échanges commerciaux, objet réel du transport économique et de la circulation des marchandises, « l’objet container, en tant que tel, parle de l’architecture, du standard, de l’économie… c’est précisément ce que nous avons décider de ne pas évacuer mais d’assumer. » Ici, « certains modules sont fermés pour des fonctions isolées, d’autres sont découpés sur des demi faces pour créer un volume qui reprend l’empilement extérieur et suggère ainsi des recoins inaccessibles dans les niveaux, d’où provient la lumière de caissons fluo étanches. » Dans cet empilement de sept modules, seuls les quatre containers du rez de chaussée sont utilisés : le visiteur rentre tout d’abord dans une librairie, elle même ouverte sur le bureau d’accueil. Les deux autres containers sont indépendants et abritent le bureau des médiateurs, celui de la presse et un vestiaire. Le mobilier est ultra simple : cinq bureaux-contoirs dont les dimensions se sont faites en fonction des plaques standards en bois PC 30, l’utilisant a 100%. Bois type utilisé par les entreprises chargées de réparer les containers, il est identique à celui du sol ; cela permet de limiter la multiplication des matériaux, de rester dans un geste simple et dans une rapidité d’exécution.

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M. Mercier/Ville Rayée
Now Better Than New, 2008