Hugo Schüwer Boss - Médiavision, The lost art of keeping a secret
Catalogue de collection du FRAC Franche-Comté, 2011

« Je suis né avec des mots à la bouche - "Band-Aid", "Q-tip", "Xerox" - objets-noms fixés pour toujours dans ma logosphère comme "taxi" et "brosse à dents". Le monde est une maison truffée de produits de la culture pop et de leurs emblèmes. » Mark Hosler, Negativeland

Une multitude de signes abstraits font partie du décor de notre vie quotidienne, servant autant aux domaines de la mode que de l’urbanisme ou du graphisme — au visuel en somme. Ce sont des lieux communs, des images dont les « légendes » sont gardées dans notre mémoire collective. Hugo Schüwer Boss utilise ces compositions graphiques dont il soustrait toute indication linguistique, mettant en évidence une aspiration à l’abstraction. Il rend visible des motifs qui faisaient fond, dégageant un « tableau contenu en puissance dans un objet, une surface : des leurres et de possibles tableaux abstraits ». Par la suppression d’indications écrites, par le retour de formes primaires détachées de leur message informatif — et pour s’abstraire de toute promotion — l’image acquiert une autonomie face à un emploi stratégique. De fait, les peintures d’Hugo Schüwer Boss deviennent des répliques altérées (dans un sens tant conversationnel que reproductif) d’images et signalétiques, pour que celles-ci insistent sur l’idée qu’une image, un signe, conserve en soi d’autres images/signes.

The Lost Art of Keeping a Secret (2009) est une peinture empruntant son motif à la pochette de l'album RATED R (2000) de Queens of the Stone Age : un carré bleu barré, à sa base, d’un trait horizontal blanc. Une association à l’univers de la musique, étant lui même « une référence fondatrice pour l’art abstrait, qui se pensait dès son origine comme le pendant visuel de la composition musicale ».[1]
Médiavision (2009) est une toile concentrique faite de deux cercles jaunes, d’un cercle rouge et d’un point rouge. Une cible qui trouve sa source dans une ancienne séquence publicitaire projetée avant chaque film sur les écrans de cinéma des grands circuits de distribution : le Petit Mineur lance une pioche au centre de cette mire rouge et jaune. Un moyen de communication efficace puisque de façon objective, toute cible tente un « idéal de maîtrise perceptive » et n’a d’autre visée que d’attirer l’œil en son centre : une cible pour un œil ciblé. « La peinture Médiavision est l'idée très littérale d'une peinture générique, un tableau avant les images, que l'on associe d'emblée à une musique et à une action, la hache dans le mille. » D’autre part, avec nostalgie, ce logo (créé en 1952) est chargé d'une certaine « désuétude », « d’une sorte de beauté triste et caricaturale », d’une « joie teintée de mélancolie ».

Il est ici question d’un art non figuratif et pourtant qui figure ; qui donne une forme à une marque, à un produit, à des données intangibles : « Le design abstrait d’un emballage peut aussi tenter de créer une image – l’image du produit lui-même, peut-être – ou de ce qu’il tend à faire ».[2] Hugo Schüwer Boss peint ainsi « des motifs, ceux d’"abstractions trouvées", d’abstractions géométriques génériques déplacées d’un contexte à un autre ». Des peintures produisant un « effet de réel sans chercher d’équivalence avec le réel » (Michael Fried). D’évidentes compositions qui nous rappellent « qu'un tableau, avant d'être un cheval de bataille, une femme nue ou une quelconque anecdote, est essentiellement une surface plane recouverte de couleurs en un certain ordre assemblées » (Maurice Denis). Des peintures dont la dimension décorative « est un leurre pour pénétrer dans les intérieurs bourgeois et se placer au dessus de la télévision ; une subversion déguisée, surtout à notre époque de surdiffusion des images, de fac-similés, de confusion entre art, design et communication ».

(Note : Les citations sont issues d’un entretien entre Hugo Schüwer Boss et l’auteur, octobre 2011)

[1] Hugo Pernet, Texte de l’exposition « L’art perdu de la peinture abstraite », 2010
[2] Olivier Mosset, Deux ou trois choses que je sais d’elle…, MAMCO, 2005, p. 248

http://timotheechaillou.com/files/gimgs/110_hugo-schuewer-boss-mediavision-2009.jpg
Hugo Schüwer Boss
Médiavision, 2009
http://timotheechaillou.com/files/gimgs/110_hugo-schuewer-boss-the-lost-art-art-of-keeping-a-secret-2009.jpg
Hugo Schüwer Boss
The lost art..., 2009