The Talent Show
MoMa PS1, New York
Artpress - N°375, February 2011

ENGLISH VERSION

“I think people should be spied on all the time… spied on and photographed”, said Andy Warhol. In 2001 Ctrl [Space]: Rhethorics of Surveillance at the ZKM (Karlsruhe) featured closed circuit remote surveillance apparatuses and images. In 2010, the London exhibition Exposed: Voyeurism, Surveillance and the Camera at Tate Modern used photography to explore themes like exhibitionism, celebrity worship and eroticism. As for The Talent Show; it is about the conflict between “the competing desires for notoriety and privacy marking our present moment.” Taken as an ensemble, these exhibitions based on surveillance systems and pictures demonstrate the increasing thinness of the line between simply looking, voyeurism and spying. And that video surveillance is particularly sinister sometimes because it is often linked to a dishonest benevolence, leading to the suspicion of a latent danger.

The Talent Show makes choices, some subtle and others illustrative. Not many works were selected, and they are often very documentary. The preferences guiding this process are hard to fathom: Why Sophie Calle’s Carnet d’adresses (1938-2008) rather than her Filatures parisiennes (1978-79)? Why the concept of imprisonment, with Entrapment and Escape (1968) by Gabriela Carnevale (where she locks visitors up in a gallery that they can only get out of by breaking the glass) rather than that of being hunted down, as in Yoko Ono’s 1969 Rape? Why present an interactive piece (Shadow Projection, 1974) by Peter Campus, where the silhouettes and shadows of visitors are captured and transmitted on a monitor) rather than Robert Rauschenberg’s White Paintings? Why the anonymous photos collected by Phil Collins, Free Folotab (2009), instead of his video installation depicting candidates for TV reality shows whose lives have been subsequently ruined (The Return of the Real, 2005)? Still, it is a pleasure to see the light cone in David Lamellas’ Limit of Projection I(1967) and The Girl Chewing Gum (1976) by John Smith (a film in which a voice seems to dictate the action of passers-by on a street corner, while it is really only describing and not prescribing their movements). With CCTV, the pleasure of seeing and contemplating is replaced by its necessity. These “closely-watched human beings” feel that they must be filmed in order to exist: “anxiety arises from the prospect of not being exposed to the Other’s gaze all the time, so that the subject needs the camera’s gaze as a kind of ontological guarantee of his being.”[1]

Interactive and closed-circuit artworks are coercive in that there is only one, obligatory way to use them. They capture and transmit the image of individuals who have been reduced to an eye, a spy, and in that sense stripped of their own gaze, and therefore of a point of view. But fortunately no surveillance system “will ever be perfect for the simple reason that as sophisticated as a system may be, it will never be immune to acts of negligence and symptoms.”[2]

What’s needed, in the future, is to stop envisaging the surveillance camera as a pure scientific object illustrating its own technology (which of course does not ensure the ideological neutrality of equipment that was, after all, first developed for military purposes) and at the same time avoid the trap of combining eyewitness accounts and commentary. As Peter Friedl puts it, “if you make the mistake of entering into competition with the media by adopting a documentary style, you’ve already lost.”

Translation, L.S. Torgoff

[1] Slavoj Zizek, Enjoy your Symptom, London : Routledge, 2001, p.203
[2] Franz Kaltenbeck, De la malveillance, in Parade N°7, 2007, p. 111

VERSION FRANÇAISE

« Je pense qu’on devrait être espionné tout le temps… espionné et photographié», disait Warhol. L’exposition Ctrl [Space] : Rhetorics of Surveillance (ZKM, 2001) présentait principalement des dispositifs en circuit fermé, des images et techniques de télésurveillance. Exposed : voyeurism, surveillance and the camera (Tate Modern, 2010) explorait, à travers la photographie, les thèmes de l’exhibitionnisme, du culte de la célébrité ou de l’érotisme. The Talent Show (PS1, 2010) s’appuie sur « l’envie de notoriété et les influences de la téléréalité ». L’ensemble de ces expositions – toutes accès sur l’imagerie de la surveillance et ses dispositifs – démontre que la frontière est fine entre le simple regard, le voyeurisme et l’espionnage. Et que, la vidéo surveillance a parfois quelque chose d’inquiétant, ou de sinistre, puisqu’elle se lie, souvent, à une malhonnête bienveillance, induisant la suspicion d’un danger latent.

Il y a dans The Talent Show des choix parfois subtils, parfois illustratifs. Peu d’œuvres, souvent très documentaires, et des préférences aux motifs inconnus : celle de présenter Le Carnet d’adresse (1983-2008) de Sophie Calle plutôt que ses Filatures parisiennes (1978/79) ; celle de présenter l’enfermement, avec Entrapment and escape (1968) de Graciela Carnevale (où elle enferme, dans la galerie de son exposition, les visiteurs qui pourront en sortir en brisant la vitrine de celle-ci), en écartant la traque de Rape (1969) de Yoko Ono ; celle de présenter une œuvre interactive (Shadow Projection (1974)) de Peter Campus (les silhouettes et ombres des visiteurs étant captés et retransmises sur écran) plutôt que les White Paintings de Robert Rauschenberg (« aéroport pour les ombres, les lumières et les particules », disait John Cage) ; celle de présenter les photographies d’anonymes (Free fotolab, 2009) collectées par Phil Collins plutôt que son installation vidéos sur les candidats aux émissions de téléréalité dont leurs vies furent ruinés par celles-ci (The Return of the Real, 2005)… Reste le plaisir de voir, ici, le cône de lumière de David Lamelas (Limit of Projection I (1967) ou The Girl Chewing-gum (1976) de John Smith (film dans lequel une voix semble diriger l’action de figurants, au coin d’une rue, alors qu’elle ne fait seulement que décrire et non prescrire l’actions des passants).

Avec la vidéo surveillance le plaisir de voir, de contempler, est remplacé par sa nécessité. Pour ses êtres-sous-regards il faut a tout prix être filmé pour exister : « l’angoisse est provoquée par la perspective de ne pas être exposé en permanence au regard de l’Autre, de telle sorte que le sujet a besoin du regard de la caméra comme forme de garantie ontologique de son être. »[1]

Les œuvres d’art interactives ou en circuit fermé sont coercitives, elles obligent à une tenue, un mode d’emploi. Elles capturent et renvoient l’image de celui qui n’est alors plus qu’un œil, qui épie, et, en ce sens, se trouve dénué de tout regard – donc de tout point de vue. Mais, heureusement, aucun système de surveillance « ne sera jamais parfait pour la simple raison qu’un système, aussi sophistiqué soit-il, n’est jamais à l’abri de l’acte manqué et du symptôme. »[2]

Il serait profitable d’envisager, à la fois, de ne plus faire de la caméra de surveillance un pur objet scientifique illustrant sa propre technique (ne lui assurant évidemment aucune neutralité idéologique et dont l’origine militaire n’est pas à négliger) ; et à la fois, tenter de ne pas tomber dans le double piège du témoignage et du commentaire, car, comme le pense Peter Friedl, « si vous faites l’erreur d’entrer en compétition avec les médias en entrant dans un style documentaire, vous avez perdu. »

[1] Slavoj Zizek, Jacques Lacan à Hollywood, et ailleurs, ed. Jacqueline Chambon, 2010, p. 304
[2] Franz Kaltenbeck, De la malveillance, in Parade N°7, 2007, p. 111

http://timotheechaillou.com/files/gimgs/9_9david-lamelas-limitofaprojectioni.jpg
David Lamelas
Limit of a projection I, 1967
http://timotheechaillou.com/files/gimgs/9_9campusshadowprojection.jpg
Peter Campus
Shadow Projection, 1974
http://timotheechaillou.com/files/gimgs/9_john-smith-the-girl-chewing-gum-1976.jpg
John Smith
The girl chewing-gum, 1976
http://timotheechaillou.com/files/gimgs/9_graciela-carnevaleentrapment-and-espace-1968.jpg
Graciela Carnevale
Entrapment and escape, 1968
http://timotheechaillou.com/files/gimgs/9_9wearingsignsthatsaywhatyouwant.jpg
Gillian Wearing
Dominik, 2008