Claude Lévêque
Essay for MuMo's catalogue, Les presses du réel, 2013

Dans une pièce aux murs recouverts de bois peint en noir, face à nous, une phrase lumineuse : nous irons jusqu’au bout. Qu’y aura-il au bout ? Au bout d’une quête ou d’un combat ? Est-ce terrifiant ou est-ce un soulagement d’aller jusqu’au bout ? « J’aime jouer sur les limites du risque », répond Claude Lévêque. A côté de ce néon, deux photographies : une jeune fille (Khadidja Fellague Chebra), paumes ouvertes et avant-bras levés, reflète sur son casque de moto la lumière d’une verrière d’entrepôt ; et deux garçons (Amine Ibn El Karaa et Hazem Nassr) placés sur plusieurs chaises empilées, une figurine de cow-boy en plastique à leurs côtés, sont légèrement éclairés et auréolés par les reflets, dans la pénombre de la pièce, d’une multitude de petits miroirs d’une boule à facette.
Ces œuvres furent produites lors de la résidence de Claude Lévêque à l’école élémentaire Pierre Budin dans le quartier de la Goutte d’or à Paris. Il collabora avec les enfants de cette école pour son exposition Seaons in the abyss qui eut lieu dans l’appartement de fonction inoccupé du directeur, et pour Space Oddity dans l’un des ateliers de la cité internationale des arts dans le cadre de la Nuit Blanche à Paris. Pour ces deux projets Claude Lévêque parle d’une « véritable collaboration » en ayant été « avant tout à l’écoute du discours des enfants pour produire ces expériences avec eux. » C’est durant l’installation de Seasons in the abyss qu’il photographia ces deux garçons, et lors de leur visite d’un entrepôt à la recherche de matériau pour l’exposition qu’il photographia cette fille.
Claude Lévêque a souvent fait appel à des enfants pour écrire les mots de ses néons : finir seul, efface toi, le réveil de la jeunesse empoissonée, j’ai peur, nous sommes heureux, joie de vivre, etc. Ici, c’est Hamza Aboudou qui écrivit cette phrase sur un morceau de papier, d’une écriture qui comporte en elle « maladresse et fragilité ». Pour Claude Lévêque toutes ces phrases reproduites en néon « ont valeur de contraire. Ce sont des formules qui sous-entendent leur double sens. J’aime l’aspect métaphorique de ces mots, leur ambiguïté qui nous met face à une sensation extrêmement banale mais également extrêmement acide. Parfois ils peuvent même devenir virulent car ils touchent aux drames de la vie et aux états du monde. »

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