Jimmy Robert
Slicker - N°2, October 2011

Timothée Chaillou : Dans ton travail, que se passe t-il entre deux images lorsqu’elles sont jointes ou juxtaposés ?

Jimmy Robert : Quelque chose de nouveau, j’espère, qui reste encore indéfini et, par conséquent, une question pour celui ou celle qui veut s’y engager et regarder de plus près.

TC : Recycles-tu, t’appropries-tu ou voles-tu ?

JR : Je recycle, je m’approprie et je vole, mais surtout je cherche à transformer, souligner, et parfois faire un deuil.

TC : Ta pratique est-elle en relation avec la tradition du collage elle-même ?

JR : Dans certains cas oui, dans d’autres non, je la crois libre, peut-être suis-je naïf? Il faut préciser aussi qu’il y a des performances, des films qui existent en relation aux images qui ne sont pas toutes des collages à proprement parler mais aussi parfois des objets.

TC : Essayes-tu de traiter toutes les images dans une visée égalitaire et démocratique ?

JR : Il faudrait déjà que cette idée existe au-delà des images pour qu’elle s’y applique.

TC : Tes collages sont ils des « métaphores de fraternité » (Jean-Luc Godard), des métaphores de dépendance ou de la rencontre amoureuse ?

JR : Plutôt des métaphores de violence et de désespoir face à l’échec du désir de représenter.

TC : Tes collages sont-ils des associations assonantes ou dissonantes, semblables ou antinomiques ?

JR : Il s’agit toujours d’une lutte, et comme en lutte quelquefois on ne distingue plus les corps, et dans leurs agressions et leurs proximités ils semblent se lier, émerger pour ensuite encore mieux se distinguer.

TC : Tes collages sont-ils un éloge de la diversité, du fragment ou de la contagion ?

JR : Je dirais du fragment, vu que toute la pratique s’articule sur les différentes narratives de fond et de forme sans jamais atteindre de solution mais des propositions poétiques. Maurice Blanchot écrit: “Poésie: la dispersion qui a trouvé sa forme.”

TC : Le collage est-ce « penser avec ses mains » (Denis de Rougemont) ?

JR : Je cherche un engagement physique avec les images de la tête aux pieds. Où se matérialise la pensée exactement? Peut-être dans une installation complète mais pas dans l’objet même, l’action est presque une écriture automatique, pas trop calculée, toujours dans la fuite, la chute, l’échec. La pensée se matérialise probablement dans le mouvement/la zone entre l’objet et le corps.

TC : Le collage parle-t-il de fragilité ?

JR : Peut-être plus d’un certain dénuement, mais est-ce que cela équivaut forcément à la fragilité?

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Jimmy Robert
Untitled, 2008
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Jimmy Robert
Untitled, 2008
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Untitled, 2004
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Jimmy Robert
Untitled, 2010
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Jimmy Robert
Untitled, 2011