Jim Shaw
Standard - N°28, July/August 2010

ENGLISH VERSION

Timothée Chaillou: Could you please talk about your starting point for your exhibition “Left Behind” at the CAPC [Center of Contemporary Visual Arts], and its direct and evident link to American politics over the last few years.

Jim Shaw: “Left Behind” refers to the popular American book series, co-written by evangelical conservatives, about the post-rapture end of time, as well as the state of the labor movement in America in which the old work tools cannot affect capital while cheaper labor can be found overseas. There has been no political will to create anything like an industrial policy, leaving places like Detroit looking much like postwar Europe. There has been an increasing confluence between fundamentalist Christianity and extreme right-wing politics that had its pinnacle in the election of George W. Bush and the invasion of Iraq. The utter failure of both seemed like it might make the contents of this show antiquated, but after a brief hiatus (perhaps a month after Obama’s election) they are back with a vengeance, this time sporting conspiracy theories to justify how all of the failures of their policies were not their fault. When I saw these used, battered theatrical backdrops, I realized I had to do something with them, and I felt the crackling and old Americana aspects of them combined with their huge scale made them perfect for work that was political, since to me their size then emphasizes a cartoon aspect, and the nostalgia I felt for the erased past I was indoctrinated into was married to the content. There was an idea that with hard work and some justice you could succeed in the USA, which during the Reagan-Thatcher era was replaced with the notion that one had to be a savvy investor and a lucky gambler to succeed.

TC: Could you please talk about your concert and instruments you’ve made for the opening?

JS: The concert aspect came from my first idea for a show after seeing the space, which was to produce a prog-rock concept album that would in some way be performed in the space with a group of Oist symbolic backdrops made as stage props / album cover art. The art world crash meant that I had no way to self-fund this idea, but several of the backdrops had been completed, and I decided to integrate them with the Left Behind and Dreamt of backdrop pieces, since CAPC is a one of a kind venue for art on a giant scale. Dani Tull, who plays guitar with me and on who I rely musically (since my musical talent is ephemeral at best), had to cancel his participation at the last minute, so I thought about what we could do musically without his element. I decided to do mostly covers of American workers’ songs in regards to the lost aspect of the works. Luckily Dani was able to make it to perform anyway, so you weren’t subjected to the acapella versions I had expected to perform. The first song was Tennessee Ernie Ford’s “16 Tons”, followed by Joe Hill’s “Pie in the Sky,” Enio Morricone’s “Sacco and Vanzetti,” Patrick Sky’s “Fight for Liberation” and a song I wrote for a compilation of artist’s poems, “Mayday Celebration.”

TC: What is the story of the band Destroy All Monsters?

JS: When I got out of university in 1974 I knew that art as I was practicing it (painting and drawing) was dead, so I got a cheap guitar and used amp and joined my housemate, Mike Kelley, and his friends Cary Loren and Niagara in starting a noise band that emptied out all the few gigs we played at. Our house also had jazz musicians and others who would jam with us. Eventually Mike and I went to grad school at Cal Arts and the band disintegrated, reforming when Ron Asheton from our idols, The Stooges joined Cary and Niagara. They became more of a Mid-western rock band than we had been. I stopped performing since I couldn’t hear what I was doing as a noise guitarist in a group situation and had stage fright. Twenty years later Mike put together a compilation of those jams I had saved and somehow we became part of history.

TC: Could you please talk about your utilization of terror imagery and concepts and your pleasure in it? You’ve once said: “I guess I have some terrifying dreams, but most of the grotesque things I dream about are perversely pleasurable because I know they’ll be more entertaining than a boring dream.” And you’ve said about your works that “they’re not sublime concepts, but they’re terrifying concepts.”

JS: I suppose my interest in terror and horror trace back to my childhood where maleness had no outlet in traditional stuff like sports and aggressive behavior, since I was raised by girls, and not athletic, so I was attracted to monster movies and horror comics, and being bullied led to an inverted life, and a level of self-hatred that may explain my perverse pleasure in that stuff.

VERSION FRANÇAISE

Timothée Chaillou : Pouvez vous nous parler du point de départ de votre exposition Left Behind au CAPC, son lien évident et direct avec la politique américaine de ces dernières années.

Jim Shaw : Left Behind fait référence à une série de livres très populaires dans l’histoire américaine, Les Survivants de l’Apocalypse, co-écrite par des membres actifs de la droite, sur la post-extase de la fin des temps ainsi que sur l’état du mouvement travailliste en Amérique dont les vieux outils de travail ne pouvaient influer sur le capital, alors que de la main d’œuvre moins chère pouvait être trouvé à l’étranger. Il n’y a eu aucune volonté politique de créer une quelconque réglementation industrielle, laissant des endroits, comme Detroit, ressembler à l’Europe d’après-guerre. Une convergence s’est formée entre les chrétiens fondamentalistes et les politiques d’extrême droite, dont l’apogée fut l’élection de Georges W. Bush et l’invasion de l’Irak. L’échec cuisant de ces deux mouvements pourrait rendre caduque le contenu de l’exposition, mais après une brève pause (peut-être un mois après l’élection d’Obama), ils sont de retour avec un désir de vengeance, clamant, cette fois-ci, la conspiration pour justifier les échecs de leurs politiques dont ils ne veulent pas se sentir responsables. Lorsque j’ai vu ces vieux fonds de décor de théâtre (trouvés dans le rayon soldes d’un fournisseur de théâtre) assez abîmés, j’ai pensé qu’il fallait faire quelque chose avec, j’ai senti que leur aspect vieille Amérique en ruine, combiné à leur échelle démesurée, les rendaient parfaits pour un travail politique. A mes yeux, leur format souligne un aspect « cartoon », tout en me faisant ressentir de la nostalgie pour ces images d’un passé qui s’efface (dans lequel j’avais moi-même grandi). Il y avait l’idée qu’aux Etats-Unis avec un dur labeur et un minimum de justice, vous pouviez réussir. Ce qui durant l’ère Reagan-Thatcher fut remplacé par l’idée que tout un chacun devait être un investisseur avisé et un parieur chanceux pour réussir. Tout cela était déjà dans le contenu de ces peintures.

TC : Pour l’inauguration, vous avez fait un concert avec vos propres instruments.

JS : L’idée de ce concert m’est venue dès ma première visite du lieu. Je voulais produire un album concept et un concert prog-rock, qui auraient été réalisés lors d’une performance dont les décors auraient été des fonds de scènes aux symboliques et références Oist. La crise ne m’a pas permis d’avoir les moyens de financer ce projet, mais certains fonds de scène avaient déjà été réalisés, j’ai alors décidé de les utiliser car le CAPC est un lieu unique pour de l’art à très grande échelle. J’ai souhaité essentiellement jouer des reprises de chansons de travailleurs américains, en référence à l’aspect défraîchi des oeuvres qui nous entouraient. La première chanson était 16 Tons de Tennessee Ernie Ford suivie de Sacco and Vanzetti d'Enio Morricone, Pie in the Sky de Joe Hill et Fight for Liberation de Patrick Sky ainsi qu’une chanson que j’ai écrite pour une compilation de poème d’artistes intitulé Mayday Celebration.

TC : Quel est la véritable histoire du groupe mythique Destroy All Monsters ?

JS : Quand je suis sorti de l’université en 1974, je savais que l’art tel que je le pratiquais (peinture et dessin) était, d’une certaine manière, mort. J’ai alors, pour pas cher, acheté une guitare et un vieil ampli pour rejoindre mon colocataire Mike Kelley et ses amis Cary Loren et Niagara en créant un groupe de noise qui vidait les salles toutes les soirées où l’on y jouait. Le groupe fut dissout lorsque Mike et moi sommes allés à Cal Arts, puis pour se reformer quand Ron Asheton, une de nos idoles des Stooges, a rejoint Cary et Niagara. Ils sont alors devenus plus un groupe de rock midwest que nous avions pu l’être. J’ai arrêté de jouer car je ne pouvais plus m’entendre jouer de la guitare au milieu du groupe, et puis j’avais le trac. 20 ans plus tard Mike a fait une compilation des boeufs que j’avais gardés, ce qui nous a permis d’entrer dans l’Histoire.

TC : Pouvez vous nous parler de votre plaisir à utiliser une imagerie apocalyptique, de la terreur. Vous avez dit : « je fais des rêves terrifiants, mais la plupart des choses grotesques dont je rêve sont, de façon perverse, plaisantes, parce qu’elles sont plus divertissants que celles d’un simple rêve banal et ennuyeux. » Vous avez aussi dit, à propos de vos travaux, qu’« ils ne sont pas des concepts sublimes mais des concepts terrifiants. »

JS : Je suppose que mon intérêt pour la terreur et l’horreur remonte à mon enfance où ma masculinité ne pouvait s’exprimer, se libérer, dans le sport ou par une attitude masculine traditionnellement agressive, puisque j’ai été uniquement élevé par des filles. J’ai alors été rapidement attiré par les films de monstres et des bandes dessinées d’horreur. D’avoir été raillé à ce propos m’a rendu introverti tout en développant une certaine haine de moi-même pouvant expliquer mon plaisir pervers pour ce genre de choses.

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Exhibition view, 2010
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Exhibition view, 2010
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Exhibition view, 2010
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Montezuma’s Revenge, 2007
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Octopus Vacuum, 2008
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The Miracle of Compound..., 2006
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The Miracle of Compound..., 2006
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Untitled, 2006
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Banyan Tree Backdrop Mura, 2010
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Performance, 2010
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Into the Vacuum: Body Organ, 2009
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Electric Crucifix Guitar, 2007
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Dream object, 2004
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5-Neck Electric Guitar, 2007
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Jim Shaw
5-Neck Electric Guitar, 2007
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Jim Shaw
Dream object, 2004