Claude Lévêque
Dorade - N°2, 2010

1. Winchester House.

In San Jose, California, the heiress to the Winchester rifle company lived in a mansion with more than 160 rooms. This widow was so afraid of the ghosts of people killed by Winchester rifles that she had the house continuously expanded for more than 40 years, during which time she never slept in the same room for two subsequent nights — wanting a new one to be built each day.

2. Prêt à crever? (1994), Claude Lévêque.

At the front of this image is a burnt embankment. A wire fence at the height of the house makes the house seem to hang from this barrier. The sky gives nothing away. “It’s a house in the Nièvre department of central France. It is completely out of synch with the place where it is built: very secure, very safe unlike the houses that surround it. It is a ‘Bouygues’ house (T. N. a new-build residential development company, akin to Barratt homes in the UK) built to regional norms, but a stain compared to the authentic traditional houses. Bouygues makes simple copies of these, taking on some decorative details from the regions where they are built. The person who lives here has really played both the detached residential game and the housing estate game.” It is a photograph taken because there was no real reason to have such high security around this house. “The photograph shows the incongruous situation of a house surrounded by tranquil countryside. It is not a house on a rough estate. It is like a show home, the lawn is perfectly trimmed and everything is of an almost hallucinated cleanliness. This creates the aesthetic of an ultra-secure detached house with a disciplined, prison-like feel, but still out of synch as the same feeling also exists in residential suburbs. Here, this makes no sense as nothing in the surrounding area suggests any danger.” It is a frontal image that bears witness to the failure of an anaesthetised life lived in a pre-conceived world. It is the wish to shove a dogmatic pre-packaged thought. “What is incredible is the that the person who lives here has flipped out, has gone mad.” A madness that recalls the destruction from the inside of a house and of a family unit in Michael Haneke’s The Seventh Continent (1988). “The destruction of a convention.” The nightmare in the form of property. “Property is theft. In France, Bouygues has considerable power, though it produces abominable individual houses and collective dwellings. But it is true that it is extremely difficult to build original, architect-designed houses while the State accepts the building of these shitty, identical prisons.” It is an image of the violence of the incitement to consume, to buy the pre-packaged.

3. The mansion from Hitchcock’s Psycho.

Norman Bates’ house, laid out on 3 floors, reproduces the 3 levels of the human psyche.

§ Ground floor: the Ego, apparent normality.

§ Second Floor: the Superego, embodied in the mother, the authority figure.

§ Cellar: the Id, reserve of illicit urges.

4. The house from Claude Lévêque’s set for Angelin Prejlocaj’s ballet Siddharta (2010).

“It’s a typical house for today’s America, reproducing Victorian architecture. It also evokes the hotel in The Shining. I flattened it to make it anamorphic, so that it could turn, develop its faces, its sides suspended in the stage space. I wanted the set to enter and exit the stage by landing and taking off. This image is not completely flat, which gives it more perspective. From certain angles, it flattens itself and then re-forms itself. It gives the impression of physically leaving. Golden, it represents opulence, the awakening, a dream house that we cannot reach, inaccessible. An ideal house which is covered in gold while at the same time close to the fire.”

(Translation: Thomas Dark)

VERSION FRANÇAISE

1. Maison Winchester.

A San José en Californie, vivait dans un manoir de plus de 160 pièces, l’héritière de la firme des fusils Winchester. Cette veuve avait si peur des esprits des personnes tuées par ces fusils qu’elle fit construire cette maison pendant plus de 40 ans durant lesquels elle ne dormait jamais dans la même chambre deux nuits d’affilées, en voulant chaque jour en voir construire une nouvelle.

2. Prêts à crever ? (1994), Claude Lévêque.

Le devant de cette image est un talus brûlé. Une clôture à hauteur de maison la fait s’accrocher à cette barrière. Le ciel ne présage rien. « C’est une maison qui se trouve dans le Nièvre. Elle est complètement décalée par rapport à l’endroit où elle est construite : très sécurisée, très sécuritaire à la différence des maisons qui l’entoure. Une maison Bouygues construite dans la norme régionale, qui fait pourtant tâche vis-à-vis des véritables maisons traditionnelles. Des simples copies de celles-ci qui reprennent quelques ornements des régions dans lesquelles elles sont placées. La personne qui y habite a vraiment joué le jeu du pavillonnaire, du lotissement de banlieue. » C’est une photographie prise parce qu’il n’y avait aucune raison d’être d’une telle sécurité entourant cette maison. « La photographie d’une situation incongrue d’une maison entourée par une tranquille campagne. Ce n’est pas une maison de lotissement. Elle est comme une maison d’exposition, la pelouse est parfaitement taillée et tout est d’une propreté hallucinante. Cela crée une esthétique de pavillon témoin ultra sécuritaire avec un côté concentrationnaire, mais tout en restant décalée car ce sentiment concentrationnaire se retrouve aussi dans les zones pavillonnaires. Ici cela n’a aucun sens puisque rien aux alentours ne présage un danger. » Cette une image ferait le constat de l’échec d’une vie anesthésiée, habitant dans du préconçu. C’est l’envie de la mort d’un prêt à penser. « Ce qui est incroyable c’est que la personne qui y habite a pété les plombs, est devenu fou. » Une folie qui rappelle la destruction par l’intérieur d’une maison et d’une cellule familiale dans le Septième continent (1988) de Michael Haneke. « La destruction d’une norme. » Le cauchemar d’une forme de propriété. « La propriété, c’est le vol. En France Bouygues a un pouvoir considérable alors qu’il produit des maisons individuelles et collectives abominables. Mais il faut savoir qu’il est extrêmement difficile de construire des « maisons d’architectes » alors que l’Etat accepte que soient construites ces merdes concentrationnaires. » C’est une image de la violence de l’incitation à la consommation, à l’achat du déjà pré-pensé.

3. Le manoir de Psycho, Alfred Hitchcock.

La disposition en 3 étages de la maison de Norman Bates, reproduit les 3 niveaux de la subjectivité humaine.

- Rez-de-chaussée : le Moi, normalité apparente.

- 1er étage : le Surmoi, incarné par la mère, figure de l’autorité.

- Cave : le ça, réservoir des pulsions illicites.

4. La maison du décor du ballet, d’Angelin Prejlocaj, Siddharta (2010), Claude Lévêque.

« C’est une maison typique américaine d’aujourd’hui reproduisant l’architecture victorienne. Elle évoque aussi l’hôtel dans Shining. Je l’ai aplatie pour la rendre anamorphique, pour qu’elle puisse tourner, qu’elle développe ses façades, ses côtés en suspend dans l’espace scénique. Je voulais que les décors arrivent et quittent la scène en atterrissant et s’envolant. Cette image n’est pas totalement aplatie, ce qui lui donne plus de perspective. Sur certains angles, elle s’écrase puis se redéveloppe. Elle donne l’impression de s’en aller physiquement. Dorée, elle représente l’opulence, l’éveil, une maison de rêve que l’on ne peut atteindre, inaccessible. Une maison idéale qui est à la fois recouverte d’or et proche de l’incendie. »

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Claude Lévêque
Prêts à crever ?, 1994
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Winchester House
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Mansion from Psycho
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C. Lévêque/A. Preljocaj
Siddharta, 2010
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C. Lévêque/A. Preljocaj
Siddharta, 2010
http://timotheechaillou.com/files/gimgs/48_claude-leveque-2010-siddharta-maison-pascal-victor-artcomart1.jpg
C. Lévêque/A. Preljocaj
Siddharta, 2010