Christophe Honoré
Numéro - N°133, May 2012

« Peu d’artistes contemporains m’émeuvent autant que Claude Lévêque. Il y a dans ses œuvres l’expression d’une sensibilité qui me comble et me fragilise, dont je reconnais l’attrait sans pouvoir nommer exactement ce qui le constitue : la puberté, la province, l’idée de la chambre à soi comme représentation exacte et suffisante du monde. Chaque forme qu’il fabrique, me renvoie aux murs tapissés de ma chambre adolescente, elle me confronte aux désirs d’alors que j’avais d’y intervenir, à la fois pour cerner qui j’étais, comment m’y afficher et aussi comment réclamer un ailleurs, une confrontation à l’inconnu. Dans chaque espace qu’il construit, je me retrouve avec cette identité tremblante. Je ne m’y sens pas attendu en spectateur, mais plutôt en chasseur. Je suis dans ses œuvres comme sur un lieu de drague. Etre en représentation et à l’affût, offert et preneur, cherchant à distinguer dans le noir, dans le bruit, le sens d’une présence précaire. Il y a du danger, du désir. L’idée aussi qu’il est impossible d’y passer des heures, que l’on y fait qu’un tour.
Caillou (2011), ce tableau néon, fait partie d’une trilogie, avec Buvard et Crystal. L’enfance, le temps du mauvais goût joyeux, semble en être le terrain de jeux. Mais les mots éclairés n’évoquent pas que des trésors de pacotille, ils entraînent vers les codes de la drogue. En fait, ce tableau rend compte du trajet proposé par Claude Levêque, où il ne s’agit jamais de se retourner sur la jeunesse, mais de la chercher devant soi. »

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Claude Lévêque
Caillou, 2011