Christian Rizzo
Archistorm - N°33, October 2008

Timothée Chaillou : Comment questionnes-tu l’architecture, la scénographie première d’un lieu de spectacle ?

Christian Rizzo : Cela dépend du projet. Je n’ai pas de réflexion générale sur la scénographie. Chaque projet détermine son rapport à l’espace. Il y a deux aspects : le projet et le lieu où il s’inscrit. Dans un premier temps, le projet est travaillé en studio donc connecté à la dramaturgie spatiale - qui est un acteur - puis le travail est transporté. Et il a toujours des obsessions : un espace existant, accueillant, et un corps auxquels j’ajoute des volumes abstraits, des objets nés de la pensée ou de la mathématique.

TC : Tu as créé des décors qui sont les coulisses d’un spectacle. En quoi la part cachée d’un spectacle t’intéresse t elle ?

CR : Ce qui m’intéresse c’est de prendre le spectacle comme lieu de sa fabrication, montrer le travail se faisant. Ce n’est pas que le lieu d’un résultat final. Quand on construit des images, on montre aussi la fabrication de celles-ci ; d’où elles partent et où elles meurent. C’est ne pas seulement garder le climax de cela, sans savoir qu’est ce qui a conduit à la production de ces images, qu’est ce qu’elles cachent et vers quoi elles tendent. J’aime montrer les rouages pour écrire le matériel autant que le résultat. Avec la danse, on rentre dans un trouble avec le fonctionnel du corps qui a besoin de faire des gestes (boire, marcher, déplacer un objet …), qui est dans une pratique, déjà en mouvement. À partir de là, on peut légèrement se décaler et arriver à des données plus abstraites, montrer qu’une écriture physique part d’une écriture très fonctionnelle, une mécanique corporelle. Cela me permet de travailler sur des ellipses temporelles, sur le temps de la représentation et de son hors champ.
Toujours montrer comment ça se fabrique est une chose importante surtout face à l’intense production d’images aujourd’hui dont on ne connaît pas les aboutissants, sans avoir de clefs de fabrication ou de lecture. J’aime donner des éléments de construction, me permettant de dire qu’elle est mon écriture. Mes projets sont des travaux d’écriture dont je livre la syntaxe et la grammaire. Car si l’image n’est qu’une finalité, c’est l’avènement de l’image morte.

TC : Tes danseurs ont des mouvements très liés à la gravité, au plan de la scène. Ils sont souvent allongés et déposés sur le sol comme sur un podium. Ils ne sautent pas, n’essayent pas de prendre de la hauteur.

CR : Nous sommes une scénographie mouvante, à la fois acteur et créateur d’un espace, dans le mouvement et dans la statique. J’aime aller à la limite du corps, pour devenir presque un objet, n’être qu’un point spatial, un volume. Le corps du danseur est pris dans la gravité. Je trouve qu’il y a quelque chose de vain dans toute cette danse qui essaye de mettre les danseurs en l’air et ce délire mystique de l’élévation physique. J’aime la contrainte de la gravité, qui nous fait tenir debout, qui nous permet de tomber pour nous relever : c’est une perpétuelle chute. Ce qui m’intéresse c’est de passer de la position allonger à être debout et vice-versa. Un plateau est un lieu de déposition. J’aime faire face et m’abandonner, faire face à l’abandon.

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Christian Rizzo
Mon amour, 2008
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Christian Rizzo
Mon amour, 2008
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Christian Rizzo
Mon amour, 2008
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Christian Rizzo
Comment dire "ici" ?, 2008
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I Fang Lin / Christian Rizzo
i-fang lin / christian rizzo, 2008
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Christian Rizzo
L'oubli toucher du bois, 2010